A la poursuite du bonheur.

19 sept

pursuit_of_happiness

J’ai horreur des filles qui se plaignent de leurs physiques comme, si tranquillement assises sur leurs 27 piges, elles se contentaient de laisser les choses se faire, impuissantes.

Cette semaine, une nana m’a dit, tellement désolée pour sa condition : « Tu sais, j’ai beaucoup souffert d’être belle ». Connasse, c’est vrai que ça doit pas être facile d’être née à 1m78 pour 52 kgs, blonde comme les blés avec les yeux bleus.

J’ai tout autant envie de gifler la meuf un peu grosse qui se plaint de son corps en s’enfilant des churros.

J’étais une jolie petite fille mais la pré-puberté ne connait pas de pitié. J’ai commencé à salement manger quand une gynéco, inquiète que mes règles soient un jour douloureuses, m’a fait prendre Diane 35 à 13 ans. 13 kilos dans les dents.

J’ai été la fille que mes camarades ne prenaient pas à la balle au prisonnier, celle qui était que rarement invitée aux boums mais sans jamais d’amoureux, celle qui a commencé le lycée avec des lunettes, qui se rongeait les ongles et avait déjà bien 20 kilos en trop.

 

J’ai trouvé refuge dans l’écriture pour me créer un monde où je serais aimée et admirée.

Les mecs ne me regardaient pas, même si je mettais une jupe. Bien sûr, j’étais secrètement amoureuse d’un garçon. Il ne m’a jamais envisagé comme une petite amie potentielle, et pourtant il se tapait tout se qui passait. J’ai beaucoup pleuré pour lui, des larmes qu’on a 17 ans, je lui ai écrit des dizaines de lettres jamais envoyées, mais j’ai gagné un ami. Je vais à son mariage la semaine prochaine.

A 18 ans, je pesais 80 kilos et j’avais jamais embrassé un mec. Sur la photo de la soirée pour fêter mon Bac, je prends toute la place et je fais un 90C. J’étais résignée à rester vierge toute ma vie.

A 22 ans, je suis devenue anorexique. C’est pas bien, c’est pas mal, c’est comme ça.

 

A 24 ans, j’ai couché avec mon premier mec.

A 26 ans, je suis devenue journaliste, mon rêve était là.

J’ai suivi des régimes draconiens. J’ai pris du Viagra parce que ça atrophie les membres inférieurs. J’ai perdu 20 kilos. J’ai subit 2 opérations de la myopie au laser. Une autre pour décolorer les vergetures car ma peau a trop morflé et 4 pour estomper les cicatrices diverses de mon corps. J’ai fait une lippo des cuisses et du ventre. J’ai passé un diplôme de Zumba et de Fitness pour justifier mes 6 heures de sport par semaine. J’ai couché avec des dizaines et des dizaines de mecs et regardé tout autant de pornos pour savoir satisfaire un mec au pieu. J’ai étudié, fait des études supérieures, fait passer ma carrière avant mon bonheur.

J’ai payé des fortunes chez Mac, chez Sephora, chez le coiffeur, dans les boutiques, chez la manucure, chez la nutritionniste, chez le dermato.

J’ai mis une décennie à ressembler à ce que je voulais et à aller à la plage sans complexes.

Aujourd’hui, encore, j’ai une fâcheuse tendance à compter mes cotes et à me dire, quand je rencontre un mec « Va-t-il me trouver trop grosse ? » 

Alors, j’ai beaucoup de mal avec les nanas qui se plaignent oui, sans jamais agir, sans jamais essayer d’atteindre leur but. Lève-toi.

Moi, j’ai atteint mon but, mes buts, presque tous, mais je n’ai plus rien après quoi courir.

14 Responses to “A la poursuite du bonheur.”

  1. Benjamin Malaussène 19 septembre 2013 at 10 h 45 min #

    Ton plus beau papier.

    • lapreuveparmoi 22 septembre 2013 at 15 h 21 min #

      Merci :)

  2. Ray Poplon-Duke 19 septembre 2013 at 10 h 54 min #

    Il ne te reste plus qu’à t’arrêter, lever les yeux vers le ciel et admirer le paysage ou l’architecture, même. Donne-toi du temps.

    • lapreuveparmoi 22 septembre 2013 at 15 h 21 min #

      je vais m’y appliquer, promis.

  3. Emy 19 septembre 2013 at 11 h 02 min #

    D’habitude grande admiratrice j’ai un peu de mal avec cet article. Sans vraiment savoir ce qui créée le malaise.
    Peut être le fait qu’on n’a pas tous la possibilité de se payer tout ca pour devenir sa propre femme idéale.
    Peut être qu’on a pas tous la meme force de caractère pour arriver à ses buts..
    Peut être juste pq j’ai pas envie que des gamines sans recul tombent sur cet articles.

    Mais tout autant je ne supporte pas les gens qui se plaignent sans rien faire.. Meme si parfois j’en fait partie.

    Et en meme temps je sais que tu peux pas que parler de cul et de trucs droles

    • lapreuveparmoi 22 septembre 2013 at 15 h 23 min #

      je comprends bien ton point de vue (vie ?).
      je comprends bien aussi l’implication financière de ma démarche, je ne voulais pas heurter.

      • Emy 22 septembre 2013 at 18 h 56 min #

        Tu ne m’as pas heurtée comme tu dis le point de vie.. Le vécu, l’entourage, l’argent..
        Je n’en ai pas pour me parfaire mais je n’ai pas non plus traversé tes troubles ce qui est une chance.
        Ca ne n’empêche ni la tolérance ni le partage de certaines valeurs là est l’essentiel

  4. CarnetsdeSeattle 19 septembre 2013 at 17 h 47 min #

    Le truc, c’est qu’un jour, tu te pètes un bras, ou tu te choppes une saloperie de cancer, tu perds le contrôle de ton corps, tous tes buts que tu croyais avoir atteint sont balayés, et la tu es obligé de réaliser une chose: cela ne te défini pas.

    Le bonheur est ailleurs.

    Il faut le trouver ailleurs, sinon tu es à la merci du destin.

    • lapreuveparmoi 22 septembre 2013 at 15 h 25 min #

      D’une justesse effarante, ton com’.
      Venant de toi, en plus, je ne peux que m’incliner.

  5. Helene 19 septembre 2013 at 21 h 16 min #

    Je pense que ce qui m’a dérangé dans cet article c’est le jugement que tu portes sur les filles qui se plaignent sans agir. ta réaction à toi ? devenir anorexique. Comme tu dis ce n’est ni bien ni mal. Mais ce n’est pas une réaction qui te permet de juger la non-action des autres.
    Néanmoins. Un article profond et émouvant. Merci d’avoir partagé cette expérience

    • lapreuveparmoi 22 septembre 2013 at 15 h 24 min #

      merci pour le compliment (oui, je priorise dans le sens qui me flatte), et désolée pour le jugement.
      pour une fois je ne voulais pas heurter mais partager un truc.
      tu reviendras quand même hein ?

  6. Molser 23 septembre 2013 at 17 h 39 min #

    La claque. D’abord un billet qui te casse les deux genoux. Et ensuite le scud « carnetdeseattle » qui achève le lecteur.

    Dis, ça fait pas un peu beaucoup pour un blog ?

    Je voudrais quand même nuancer le com de cds (même si c’est over pertinent, j’en suis jaloux même), j’avais reconnu une catégorie bien précise dans le billet: La mangeuse de churros qui se plaint de son poids. La catégorie « gueule cassée », je pense pas que c’était la cible de lppm.

  7. J 24 septembre 2013 at 22 h 55 min #

    Ça va paraître un peu con mais je te remercie pour ce billet. Je fais pas plus long pour ne pas avoir à confronter mon style au tien, mais simplement merci.

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