Camping Paradis.

17 mai

J’ai beau me creuser la tête, impossible de me rappeler où j’ai rencontré John. Le plus probable, c’est en boîte, parce qu’une fois au téléphone, je me suis aperçue qu’il avait un fort accent guinéen. Pas que je kiffe pas, mais ça peut surprendre.

John était plombier. Ne riez pas, il n’y a pas de sots métiers. Et on a toujours besoin d’un plombier sous le coude. D’ailleurs quand je l’ai présenté à mes potes, dans le bar où je trainais, le proprio s’est accaparé mon mec pour lui faire réparer les chiottes. Ca m’arrangeait un peu parce que mes potes étaient partis sur une série de vannes autour de ma tuyauterie et de comment j’allais bientôt me la faire karshériser. Au moment où mon pote Chill a hurlé « Hey Mario Bros, mets la ienb », j’ai du partir.

Pour des raisons que je ne m’explique toujours pas, j’avais décidé d’attendre avant de coucher avec John. Je crois que j’avais peur du débouchage de canalisation. On sait comment ça commence, on sait jamais si on va pas se transformer en sanibroyeur.

J’avais bien planifié le premier siphonnage pour le vendredi suivant. Le mercredi, Mario m’annonce qu’on va « diner chez des amis à Boulogne, je viens te chercher à Porte Maillot ». Parce que je suis orgueilleuse et vaniteuse – et que j’aime bien impressionner – j’avais mis une robe et des sublimes talons de 12. Pour un diner à table, c’est pas dramatique de marcher comme Bambi.

Quand la voiture a pris la sortie d’autoroute Bois de Boulogne, j’étais vachement contente de diner dans les jardins de Bagatelle. Là où j’ai moins golri, c’est quand elle s’est engouffrée dans le camping de Boulogne. Je crois que l’expression exacte était « Mais qu’est-ce que… LA PUTAIN DE SA MÈRE ». Puis, la voiture c’est garée face à une roulotte. UNE ROU-LOTTE. Un mobile-home. Oh, on peut pas dire que c’est mal foutu, une roulotte. Y’a une cuisine, des couchages, une salle de bain. Tout comme dans une vraie maison. Sauf que ça roule. T’es un putain de gitan. Alors, à moins que t’en profites pour me tirer les tarots, moi le coup de la gitanerie, j’vois pas bien l’intérêt.

J’en étais à ce stade de ma réflexion quand on m’a proposé une côte de porc. Ca non plus ça m’arrangeait pas trop, rapport à mon végétarisme. J’me suis dit, pour pas vexer, que j’allais me faire une salade tomate-mozza, quand même, parce que ça s’fait pas d’aller dans les maisons roulantes des gens et de pas manger. Sauf que ma salade, j’pouvais pas me la faire puisque mes talons s’étaient coincés dans la terre. Parce que oui, le camping, c’est rien que de la terre partout et même à Boulbi, je commençais à avoir le mal de la campagne. C’est comme le mal de la montagne, mais sans l’altitude et avec les arbres. J’ai finalement simulé un malaise vagal pour rentrer chez moi, c’était plus simple, tant pis pour le porc.

Il était déjà établi dans mon esprit que cet épisode aux Flots Bleus était la meilleure cause de rupture du monde mais, foutu pour foutu, j’allais quand même coucher avec John.

Le vendredi, pour me donner du courage, j’ai retrouvé Chill au bar. Il allait de soi qu’une bouteille de vodka à 2, à 18h, suffirait pour altérer la relation sexuelle qui s’en suivrait. Ca a surtout altéré ma perception du monde puisque je suis tombée dans les escaliers, m’ouvrant les deux genoux, m’empêchant donc de niquer en levrette et me forçant, par la même, à voir sa tête de connard.

J’ai recroisé John, 3 ans plus tard, dans le métro. Alors que j’allais me jeter dans une fosse septique virtuelle, il m’a donné sa carte de visite, au cas où j’aurais des problèmes de plomberie. Y’avait pas écrit « John », y’avait écrit « Diakité ».

True story.

 

2 Responses to “Camping Paradis.”

  1. Isma 17 mai 2013 at 17 h 52 min #

    Je suis tellement FAN ! Pkoi on l’apprend que maintenant cette histoire ??
    Kiss

    • lapreuveparmoi 18 mai 2013 at 0 h 12 min #

      oh je ne vous ai pas tout dit… encore.

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