Envole-moi

8 août

J’ai toujours aimé les aéroports. J’y ai passé un bon tiers de ma vie. Je crois que j’aime bien plus les aéroports que les voyages. Ils sont impersonnels, froids, c’est une zone de transit. On peut y payer en n’importe quelle monnaie et l’anglais y est la langue universelle. Chaque personne y est pour une raison bien précise, chacun a son histoire, ici.

Il faut savoir les décoder, les visages des gens à l’aéroport, mais bien souvent, c’est l’endroit où les masques tombent.

J’ai toujours pleuré à l’aéroport. J’ai toujours laissé un peu de moi à Roissy ou à Orly. Ou à JFK. Ou à Miami International.

J’y ai souvent abandonné un amour. Ici ou là-bas, un homme que je ne pensais pas revoir mais vers lequel je retournais inévitablement le mois suivant, me contraignant à 8h de vol. Le coeur serré. Durant des années, j’ai plus vécu au Terminal 2A que dans mon propre appartement parisien. Tantôt triste de le quitter, tantôt folle d’excitation de le revoir. Tantôt heureuse, tantôt tragiquement abattue de ne pouvoir me construire dans ma ville natale.

J’ai pleuré de laisser l’homme de ma vie 4 jours à Paris alors que je devais partir en Israël pour un mariage. Et j’ai pleuré au retour, d’impatience de le revoir. Dans le vol du retour, à des milliers de kilomètres au dessus du sol, dans les turbulences qui me ramenaient à Paris, je n’ai pas eu peur. En plein trou d’air, alors que les mains de mes voisins se crispaient sur les accoudoirs, que les halètements de terreur se faisaient entendre le long du couloir de l’avion, j’étais heureuse. Au plus fort des secousses, j’ai poussé le son de mon Ipod à fond. « Karma Police » de Radiohead à 2’35. Le kiff absolu. Plus fort qu’un orgasme. Une élévation du corps et de l’esprit. Le pied. Le bonheur à en chialer.

J’ai toujours appartenu à cette population hybride et perdue des aéroports. Je le croyais jusqu’à aujourd’hui.

Dimanche, pour la première fois, je n’étais plus en osmose avec ce lieu que je chéris tant. Se lever, enfiler les premières fringues qui te tombent sous la main, penser à prendre tes CB, du cash, ton chargeur, choper un taxi, sans même penser à prendre une culotte de rechange.

7h du matin, tu ne sais même pas si il y a des avions à cette heure-ci. Ne pas ciller, ne pas paniquer, ne pas pleurer dans la chaleur étouffante du taxi. Il n’y a que tes mains qui te trahissent. Elles tremblent, infoutues de composer un numéro.

Arriver à Orly, se ruer au comptoir Air France et demander le premier vol, « peu importe le prix ». T’es un peu comme Jennifer Aniston dans Friends, les rires en moins. Le vol aura beau coûter 1200 euros, tu sais que tu le prendras. Sortir ta carte Flying Blue, ton Amex, s’entendre hurler « Démerdez-vous ». Ne pas ciller, ne pas paniquer, ne pas pleurer.

Passer en file prioritaire, ils m’ont surclassés, ces cons. S’asseoir. Attendre que le vol décolle. Ca n’a jamais été aussi long. 1h30 de vol qui passent plus lentement que les 13h Paris/Bangkok. Arriver, prendre un taxi, lui ordonner d’aller plus vite. Arriver à l’hôpital. Ne pas ciller, ne pas paniquer, ne pas pleurer.

Passer une semaine en enfer, reprendre un vol, épuisée, exténuée, meurtrie mais rassurée, libérée et certaine que le meilleur reste à venir. Enfin s’asseoir dans la salle d’embarquement. Avec le même short et le même hoodie que 5 jours auparavant. S’asseoir parterre en attendant le vol AF1084. Pleurer toutes les larmes de son corps. Et enfin retrouver cette sensation connue et  rassérénante de pouvoir pleurer dans un monde anonyme.

5 Responses to “Envole-moi”

  1. Manon 12 août 2012 at 20 h 12 min #

    merci

  2. Manon 12 août 2012 at 20 h 12 min #

    merci

  3. lapreuveparmoi 20 août 2012 at 14 h 27 min #

    Merci à toi et bienvenue sur le blog ! :)

  4. lapreuveparmoi 20 août 2012 at 14 h 27 min #

    Merci à toi et bienvenue sur le blog ! :)

  5. Alexia Bertolino 29 août 2012 at 14 h 38 min #

    Ca marche avec les trains aussi… Merci.

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