Gomez et Tavares.

22 oct

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Y’a des jours où je me dis qu’on peut pas être une salope en paix.

J’avais rien demandé à personne, moi. Je poussais tranquillement mon chariot au travers des douanes de Roissy Charles-de-Gaulle quand je me suis fait arrêter. Sur mon chariot s’entassait 2 valisettes, mon sac à main, un hoodie à capuches et un sac Duty Free.

En face de mon chariot à chouettes roulettes, j’avais deux agents des douanes. Deux pour moi. Deux contre une. Ca ne respecte pas les règles du Fight Club, ça.

- Veuillez nous suivre, Madame.

- Mademoiselle.

J’ai compris que, pour une fois, fallait la boucler. Pendant ce temps, Gomez et Tavares m’avaient emmené dans une pièce blanche avec juste un bureau et un spéculum. Non, je déconne, pour le spéculum.

- Qu’avez-vous à déclarer, Madame ?

- Mademoiselle

- On a compris. Qu’avez-vous à déclarer ?

- Bah, j’dois vous dire un truc. A Miami, un soir, j’ai un peu abusé du ti-punch, alors, bon, vous êtes Antillais, non ? Vous savez ce que ça fait. Réactions en chaîne, je me suis retrouvée sur le bar du bar, en short en train de faire un concours de tee-shirts mouillés. Puis, comme il faisait chaud, j’avais pas de soutif, alors j’ai gagné. On m’a offert une tournée de shots de vodka-watermelon. Ca se marie vachement bien, la pastèque avec la vodka, ça donne un petit goût frais ça me rappelle le Sud. Vous connaissez, non ? Vous regardiez les gendarmes de Saint-Tropez, étant petits, non ? Bref, après les shoots, bah, j’me suis retrouvée à une beach party…

- Non, mais à déclarer DANS VOTRE VALISE.

- Ah. Non.

- Et toutes ces cigarettes ?

- Bah, je les fume.

- Mademoiselle, vous avez 12 cartouches. On les connait les filles de votre espèce, vous recelez, sous vos jolis airs, sous le métro de Barbès.

- Bah, non, je fume beaucoup.

- MENSONGES !

- J’ai la voix de Jeanne Moreau, ça vous suffit pas ? Vous voulez que je vous chante le « Tourbillon de la vie » ?

- C’est qui Jeanne Moreau ?

- Bon, passons. Je ne recèle pas, moi, Messieurs, et mon chauffeur m’attend devant l’aéroport, alors si on pouvait écourter cette chouette conversation, ça m’arrangerait, je suis jet-lag.

Je sais pas si c’est la mention de Monsieur Sylvain qui, je tiens à le préciser, était en France et travaillait de manière légale dans notre beau pays, mais Gomes et Tavares, ils avaient pas l’air de prendre mon impatience au sérieux.

Alors, ils ont ouvert ma valise et c’est là que les soucis ont commencé. Les vrais.

Parce que, voyez-vous, y’a deux spots à ne pas louper à Miami, c’est « Victoria’s Secret »et « Pleasure Emporium », le sex-shop, sur la 5ème – entre Lenox et Michigan Avenues. Alors, fatalement, à force de chercher une aiguille dans une botte de foin, les contrôleurs des douanes ont fini par trouver, sous un tas de 12 000 culottes froufroutées, un ou deux vibros.

- Hey regarde ce que j’ai trouvé Tavares, Mademoiselle se fait du bien.

C’était un peu ridicule parce qu’il avait allumé mon sextoy qui bougeait dans le vide comme une tête chercheuse. Et Gomez me souriait.

- Je fantasme sur les flics, c’est pour ça, j’me mets bien, v’voyez.

- C’est vrai ? 

- Non, j’aime pas l’accent marseillais, mec.

- On est toulousains.

- Je peux récupérer mon Rabbit ? Pas que ça me dégoute, mais à un moment donné, faut choisir, c’est vous ou moi, quoi.

- On va procéder à une fouille au corps, Mademoiselle.

- Vous ou le Rabbit ?

- Déshabillez vous.

- Le Code Pénal, ça vous parle ? L’article 152 ? Celui qui dit qu’on ne peut être fouillé que par une personne du même sexe ?

- C’est qu’elle s’y connait la petite…

- Ouais, avant j’étais démonstratrice de sextoys à la face de Droit d’Assas.

- Jackyyyyyyyyyyyy, on a une avocate nymphomane receleuse qui doit être fouillée.

Jacky est arrivée, 120 kilos, le képi, les gants en latex et tutti quanti. Moi, j’ai commencé à chercher des caméras cachées au plafond.

- Alors, ma bonne dame, on va se déshabiller.

- Dites, vous êtes pris pour votre accent aux douanes ? Genre vous faites partis d’un quota, vous avez passé un casting ? Parce que bon, c’est suspect, cette histoire, à la fin.

- On va se déshabiller, j’ai dit.

- Commencez, j’vous regarde.

- Hey ho, la dealeuse, on va se calmer, sinon j’vais devoir te menotter. On se déshabille, on bronche pas et on sourit. 

- Vous voulez me menotter, nue, alors que y’a 2 sextoys à proximité ? Ecoutez, tout ceci est très flatteur, mais je préfère nettement les hommes. J’ai rien contre vous, non. Vous êtes bien un peu enrobée, mais vous avez un joli visage. Chui sûre que si je mangeais de ce pain là, je mangerais votre pain. Mais moi, j’aime plutôt les mecs d’1m80, un peu mate de peau…

Entre, temps, Jacky parlait dans son talkie-walkie : « On a une Mule insolente et récalcitrante, on fait quoi ? »

- On fait RIEN, chui jet-lag moi, Madame ? South Beach, les pools party, ça vous dit quelque chose ? Vous voulez que je me déshabille, fallait demander, chui quand même pas la moitié d’une fille facile.

Faut dire que je faisais un peu la diva, parce que toute ma vie, j’m’étais désapée pour moins que ça et avec le sourire. Alors que j’étais à oilp dans la pièce blanche, j’pensais que cette mascarade était finie, que Marcel Beliveau et sa moustache allaient entrer dans la pièce en criant « Surprise, surprise », que j’allais avoir mes 15 minutes de célébrité et que ce serait un argument suffisant pour faire pression sur mon ex, qui voulait mettre une sextape de moi sur Internet.

Mais non. Elle m’a juste fouillé, avec un plaisir non dissimulé, la Jacky.

J’ai du payer 400 euros pour les clopes, me retrouvant ainsi pauvre, sans nicotine, les bras ballants au bout desquels pendaient mes deux sextoys, encore en marche.

Putain, ça va me couter une blinde en piles, cette connerie.

4 Responses to “Gomez et Tavares.”

  1. Nataniel 22 octobre 2013 at 10 h 05 min #

    Le récit magnifique.
    Il y a des jours comme ça…

  2. CarnetsdeSeattle 23 octobre 2013 at 6 h 19 min #

    Ahahah c’est juste énorme.

    Comme le rabbit, je suppose.

  3. Molser 24 octobre 2013 at 17 h 25 min #

    Et on laisse la conclusion à Sensemilia: « Douanier, quel beau métier ».

  4. chamalo 5 janvier 2014 at 1 h 18 min #

    hahaha récit parfait!

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