La baise vengeresse.

16 avr

J’ai toujours eu la baise vengeresse. Plus précisément la propension à me dire : je veux donc je peux. Ou inversement.

C’est l’apanage des bonnasses, ça, on fait ce qu’on veut. On peut entrer dans une pièce, choisir un mec, boire, danser, galocher, baiser, jeter. On sort une cigarette, 3 briquets sont dégainés. On a soif, on nous paie des coups. On a le droit. C’est NOTRE droit. ON. FAIT. CE QUE. L’ON. VEUT.

Ca tombe bien, généralement, les mecs en veulent pas beaucoup plus. Tout le monde est content et les chiens sont bien gardés.

Je ne suis pas une justicière masquée mais j’ai toujours pris un malin plaisir à me venger des mecs qui m’avaient mis des stops – plus ou moins violents – quand j’affichais 20 kilos de plus au compteur.

Si les mecs oublient, nous non.

Ca me rappelle Benoit, le mec qui m’a mis un stop tellement violent en 4ème que je m’en souviens encore 20 piges plus tard.

Parce qu’il n’y a pas pire que d’être une pré-ado grassouillette. Tout est permis : les vannes, les bousculades, les moqueries dans les vestiaires de l’EPS, les exclusions des boums, ou si on y est invitée, on fait tapisserie, comme on disait à l’époque.

Alors quand Benoit m’a invitée, moi, MOU-A, à une boum, j’te raconte pas comment c’était le plus beau jour de ma vie. A l’échelle de 1996, Benoit était une bombe atomique. Le mec un peu bad-boy, un peu beau gosse, qui sortait avec Jo, la meuf un peu bad girl, un peu belle gosse. Evidemment, dans l’euphorie du bordel, j’me suis pas demandée pourquoi j’avais tiré le gros lot de la surboum et pas Jo.

J’aurais du.

La veille de la soirée (qui devait certainement être une après-midi, sinon ma mère ne m’aurait jamais laissée y aller, mais ma mémoire me fait défaut), devant toute la classe, Benoit me dit « Nan mas t’as VRAIMENT cru que j’allais y aller avec TOI ? »

Hahahaha.

LOL.

Connard.

Je me suis sentie comme Jennifer Garner dans « 13 Going On 30″, sauf que y’a pas eu de magie et que j’ai du attendre 10 piges EN TEMPS RÉEL pour me réveiller dans le corps que je voulais.

Entre temps, Zuckerberg avait pas chômé et avait inventé l’outil ultime de la vengeance froide : Facebook. Laissez moi vous dire qu’un mec qui t’affiche comme ça, tu l’oublies pas et si on te propose un voyage sur la Lune pour te venger, tu sautes dans ta combi de cosmonaute et en avant Guingamp !

Bon, là, je l’ai juste Facebooké et je sais pas si c’est en souvenir du bon vieux temps ou ma photo de profil, mais le lendemain, j’avais « rencard ».

Nul besoin de préciser le level de bombe atomique que j’avais, mais sur une échelle de 1 à Louise Bourgoin, je me posais là.

Quand j’ai vu la gueule de mon ancien mi-bad-boy, mi-beau gosse, je me suis tout de suite inquiétée pour les séquelles post-accident de bus qu’il pouvait avoir.

- Quel accident ?

- Bah, tu t’es fait heurter par un bus, non ?

- Non.

- Sûr ?

- Oui.

- Une voiture ?

- Non.

- Un vélo ?

- Non.

- Un raccoon ?

- Non.

- Un cerf-volant ?

- Non.

- Il est arrivé quoi à ta gueule alors ?

- Rien.

- Sûr ?

- Bon.

- Bon.

On avait bien brisé la glace, j’trouve, avec Benoît qui avait juste une sale tronche, sans raison apparente.

Moi je vais vous dire, y’a bien pire que de se manger un bus de manière bi-latérale, y’a le karma. Et Benoit, il avait du prendre la part de quelqu’un d’autre pour être aussi cheum.

- Tu fais quoi maintenant, LPPM ?

- Je suis journaliste et toi ?

- Je suis paysagiste.

- Stadir ?

- Bah paysagiste, quoi… Je taille des arbres de manière harmonieuse.

- T’es jardinier quoi. Ca tombe archi bien, tu vois, parce que j’essaie de planter un oranger dans ma cuisine et j’ai pas la main verte-verte et que je suis pas prête de me retrouver à me faire des jus d’oranges pressées à ce rythme là. Tu voudrais pas passer voir ?

- Tu me proposes un dernier verre chez toi ?

- Seigneur non, j’ai des escaliers tu pourrais avoir du mal à les monter après ta rééducation post-accident.

- J’ai pas eu d’accident, j’t’ai dis.

- T’aurais peut-être dû.

On avait bien ri et tout, mais j’allais pas passer la soirée avec Tistou les pouces verts non plus. Benoît, il avait une gaule tellement énorme qu’il pouvait lâcher l’appel du 18 juin 1940 à tout moment.

- Alors, ce dernier verre, LPPM ?

- Tu veux rentrer chez moi et que je te serve un dernier verre, à poil ?

- Oui !

– Nan mas t’as VRAIMENT cru que j’allais baiser avec TOI ?

Il n’y a pas de petite vengeance, dans la vie, il n’y a que des baises vengeresses.

Et en l’occurrence, là, y’en a même pas eu.

2 Responses to “La baise vengeresse.”

  1. foxy 20 avril 2015 at 19 h 46 min #

    J’adore! Je n’ai pas d’autres choses à dire. Vous avez le choix et le pouvoir, vous les femmes en général, bonasses ou pas, je le respecte, c’est le jeu.
    Continue comme cela LPPM, je te suis toujours et quelle bonheur de te lire après avoir repris quelques forces intérieur.

  2. zimbolaktus 2 octobre 2015 at 22 h 20 min #

    C’est pathétique et curieux ça ressemble plus à un réglage de compte qu’autre chose.
    Bizarre pour une « bombe atomique » ayant tous les mecs à ses pieds…

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