Le harcèlement de rue, le jour où ça s’arrête.

5 juin

J’ai longtemps refusé de prendre part à ce débat, car je trouvais que les esprits s’enflammaient très rapidement sur la question. Puis entre les mecs qui se sentent traqués et les féministes acharnées qui tiennent un discours que je ne cautionne pas souvent , je n’ai jamais bien trouvé ma place.

Mieux, je me fais souvent lynchées par elles.

Moi, le harcèlement de rue, comme le veut la formule consacrée, j’ai jamais connu ce terme. Enfin, jusqu’à récemment.

Comprenons-nous bien, je suis une parisienne born & raised, de fait, j’ai l’habitude de me faire siffler / emmerder / accoster, au moins une fois par jour. Le pire étant que ça fait partie de la vie de la parisienne. Comme si ça venait dans le package.

Et puis, en réfléchissant bien,j’en ai trouvé des exemples de harcèlement de rue. Des centaines.

Y’a des millions de choses que les nanas encaissent sans l’ouvrir au quotidien et je crois que c’est loin d’être normal.

– Je me demande si se prendre une main au cul à 14 ans, c’est normal.

– Je me demande si se faire casser la gueule pour avoir répondu à « t’es une sale michto », c’est normal.

– Je me demande si marcher avec des écouteurs 24/7 pour pas entendre les gars, c’est normal.

– Je me demande si répondre « non », systématiquement, c’est normal.

– Je me demande si regarder en permanence au dessus  de son épaule, c’est normal.

Tu CROIS que c’est normal, parce t’as toujours vécu dans la jungle qu’est Paname.

Pour autant, je n’ai jamais voulu modifier ma façon de m’habiller. Je mets un point d’honneur de disposer de mon cul / corps / coeur (rayez la mention inutile). Et effectivement, quand vient l’été en France, je mets des jupes courtes et des shorts en jean. Parce que figurez-vous qu’il fait chaud pour tout le monde.

J’ai capté qu’un truc partait en couilles quand j’ai vu le témoignage d’une bloggueuse (dont le nom m’échappe) qui se prenait un slut shaming dans la gueule sur Twitter après s’être bastionnée avec un mec qui la touchait dans le métro.

J’ai aussi capté un partage en couilles quand j’ai lu toute cette histoire de « trottoirs » sur Internet, en pensant à tous mes potes non-sociopathes, qui veulent juste marcher dans leur rue pépouze.

Puis, il y a eu la fois de trop.

Je remontais la rue du Faubourg Saint Denis à 17h, en legging, pour rejoindre des potes dans un bar quand un mec m’a traité de « sale pute ».

Ca m’a séché. J’ai maté ma tenue et j’ai hurlé dans ma tête « mais putaiiiiiiiiiiiiiin nique-toi ». Je portais un PUTAIN DE LEGGING.

Depuis un an, je vis à l’étranger. Dans un pays très chaud. Dans une des 5 villes les plus sécurisées du monde. Depuis un an, je n’ai jamais fait attention à ma tenue, à l’heure à laquelle je rentre à pieds. Même ivre.

Je ne sers plus mon sac contre moi, je ne regarde plus au dessus de mon épaule, je marche juste tranquillou, dans la rue, je prends les transports en commun le soir, je traverse le pays en bus.

Pas plus tard qu’hier, un mec m’a ramené du bus à mon immeuble, en marchant, en papotant. Au pied de mon immeuble, on s’est serrés la main et dit « see you around ». Ca ne m’a pas traversé l’esprit que je pouvais être en danger. J’ai juste tchatché avec un inconnu sympa.

Puis y’a les copines qui viennent en visite et qui captent pas ma détente. L’une d’elle m’accompagnait au Mall lorsque j’ai été prise d’un spasme à l’estomac. Je lui presse le bras (réflexe idiot que l’on fait tous) et elle se raidit. Plus tard, elle me racontera qu’elle pensait qu’il y avait un mec chelou dans le coin.

Puis y’a aussi les potes ici, les autochtones, qui ne captaient pas pourquoi je regardais toujours au dessus de mon épaule. Et qui se marraient en me disant « Mais t’as perdu quelque chose ou quoi ? ».

Puis, y’a mon pote ce week-end à qui je racontais tout ça, et qui me disait qu’au début il ne me croyait pas puis qu’il avait demandé à ses autres copines. Lesquelles ont TOUTES répondues que ça leur arrivait TOUS les jours.

Et puis enfin, il y’a ces gens qui me demandent si j’ai envie de rentrer à Paris auxquels je réponds que je ne pourrais plus jamais vivre dans l’angoisse permanente de me faire agresser et insulter.

Et putain, ça fait du bien.

2 Responses to “Le harcèlement de rue, le jour où ça s’arrête.”

  1. LN 10 juin 2014 at 22 h 25 min #

    Jack Parker pour la chroniqueuse.

    J’aime pas trop commenter alors je vais tout dire en une fois.
    Il y a quelques mois j’ai lu ton blog de A à Z, tu… ouais bref tu es chouette.
    Et cet article est encore une preuve de ta lucidité.

  2. Linax 7 août 2014 at 8 h 47 min #

    Très touchant !
    Je soupçonnais un petit peu que dans certaines conditions bien particulières, ça peut être dur pour une femme d’être une femme (!?)… mais j’étais loin d’imaginer que ça pouvait devenir le vécu quotidien d’une femme vivant dans un monde moderne…
    Maintenant qu’on le sait, on trouve ça vraiment dommage..

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