Le jour où tout a basculé.

16 mai

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Mon problème principal, c’est de ne pas connaître mes limites. J’ai jamais su définir la clope de trop, le verre de trop, la baise de trop. Le mot « trop » a toujours été  le moteur de ma vie. Une jupe trop courte, un regard trop charbonneux, une langue trop bien pendue. J’ai jamais su me dire « Stop, arrête toi, tu vas trop loin ». J’ai jamais su me canaliser. Ouvrir les yeux sur la situation et la regarder avec un peu de recul.

Quand Marie et Luc sont partis en vacances à Mexico, j’ai pas pu m’empêcher de leur demander des amphets locales. Au Mexique, la dose est pure, en tout petits cachets jaunes, 150 dollars les 30. C’est illégal, mais c’est en vente libre. Evidemment, si ils se faisaient choper à la douane, c’était la prison direct. J’en avais pas envie, mais surtout parce que je voulais mon trésor. Quand ils m’ont remis la boîte, toute simple, avec juste une étiquette blanche, j’étais la meuf la plus heureuse du monde. Enfin, un truc pur, pas coupé, mon putain de Graal.

Pour ce que j’en sais, ça aurait très bien pu être coupé avec du verre pillé, comme l’était la coke à Miami qui se vendait en ce temps, à 40 dollars le gramme, mais j’m’en branlais. Il fallait que je teste.

La première fois que j’ai déposé le comprimé jaune, minuscule, sur ma langue, c’était avant de partir faire du shopping. Oh, mes prétentions étaient faibles, j’allais juste chez H&M, rue de Rivoli. Mais l’idée d’affronter la faune du samedi me plongeait dans une terrible angoisse.

Il ne faisait pas spécialement chaud, pour un début de Printemps, et je me rappelle même avoir eu envie de demander à Bella de me jeter un pull par la fenêtre, en tournant au coin de son immeuble, rue du Louvre. Pas grave, je m’en achèterais un chez H&M. Elle devait dormir, à cette heure-ci.

Le magasin était bondé, comme tous les samedis de l’année mais j’avais déjà bizarrement chaud. Au sous-sol, rayon lingerie, je transpirais à grosses gouttes et mes oreilles bourdonnaient sous mon casque d’Ipod. J’entendais à peine la voix de Lenny Kravitz qui chantait « American Woman ». 

Quand mes doigts gauches ont commencé à fourmiller, j’ai cru que je faisais une attaque. Ou une crise de spasmophilie. J’en ai fait tomber le cintre que je tenais, au milieu du rayon. Mes yeux ont suivi sa lente dégringolade, comme au ralenti, et l’ont vu s’échouer sur le sol. Je savais que je devais me baisser pour le ramasser mais les fourmis ankylosaient déjà mes deux bras.
Avec un effort surhumain, j’ai réussi à prendre mon portable dans mon sac à main et à appeler le dernier numéro composé, celui de Bella.

Les heures suivantes, je ne m’en rappelle pas bien. Je sais juste que j’étais sur le canapé de Bella, paralysée, plaquée contre le dossier comme si on avait posé une chape de plomb sur mes jambes. Durant des heures, elle m’a servi du thé à la vanille bourbon, qu’elle stockait dans des boites à bonbon. Je me suis longuement questionnée sur le nombre de bonbons qu’elle pourrait y mettre, quand elle aurait fini le thé. Les Dragibus prendraient plus de place que les Smarties. Ca m’obsédait, cette histoire parce que j’avais pas faim, pourtant mais j’en rêvais. Je voyais toute sorte de bonbecs danser devant mes yeux. Je me suis demandée si c’était ça, la folie, ne plus faire le distingo entre le réel et l’imaginaire, traverser la barrière et regarder votre monde de l’extérieur.

Quand l’effet des amphets se sont dissipés, le lendemain, je n’avais toujours pas mangé. Quelle aubaine, pour une anorexique mentale. Alors j’ai repris un comprimé jaune.

6 Responses to “Le jour où tout a basculé.”

  1. CarnetsdeSeattle 16 mai 2013 at 18 h 55 min #

    C’est très bizarre comme texte parce que ça fini complètement en queue de poisson: on a l’impression que ça va être une expérience transformative, que tu va toucher un truc, que ça va changer quelque chose dans ta vie… Et puis non. Ou peut-être que si, mais tu n’en parles pas, c’est très étrange.
    Non?

    • lapreuveparmoi 18 mai 2013 at 0 h 06 min #

      la tristesse c’est que non, c’est nul, y’a rien et tu recommences le lendemain. T’es juste une connasse quoi.
      PS : j’ai passé 2 nuits sur ton blog la semaine passée, la gifle totale.

      • CarnetsdeSeattle 18 mai 2013 at 4 h 49 min #

        meh, parfois ça met du temps à infuser, ou pas.
        Je te retourne le compliment, j’ai pas mal épluché tes archives, je me suis bien marré :).
        A+

        • CarnetsdeSeattle 18 mai 2013 at 4 h 51 min #

          Et d’ailleurs, je dis marrer, mais le post sur l’anorexie m’a tout sauf fait rire et m’a bien « giflé » aussi.

  2. Wolfus 17 mai 2013 at 2 h 22 min #

    La suite

  3. Lo 23 mai 2013 at 16 h 56 min #

    C’est drôle et désespérant de voir se dessiner des profils de meufs.

    Bon le nôtre est plus drôle quand même.

    Je vais être obligée de lire frénétiquement tout ton blog, c’est malin.

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