Ma plus belle histoire d’amour.

22 sept

Il y a une dizaine de jours, j’ai trouvé un livre à l’arrêt de bus du 72, arrêt Pont Des Arts.

C’était le dernier Virginie Despentes. Enfin dernier, celui de 2010, « Apocalypse bébé ». Je l’ai regardé, lui ai tourné autour comme si j’avais trouvé le trésor de Jack Sparrow, j’ai regardé à droite, à gauche, puis m’en suis emparé.

Quelle chance, Virginie Despentes est un de mes auteurs favoris. Je me rappelle encore, en 1993, quand j’ai acheté « Baise-moi », son premier roman. J’avais 11 ans. Je ne suis pas certaine d’en avoir même compris le titre. Je savais juste que c’était mal et que ma mère allait me tuer. Je l’ai soigneusement rangé au fond de ma bibliothèque, déjà remplie. Aujourd’hui encore, par réflexe, il est bien caché.

A qui la faute ? Aussi loin que je me souvienne, j’ai un livre dans mon sac ou à la main. Tout, n’importe quoi, pourvu que je lise.

J’ai un vieux souvenir, je devais avoir 7 ou 8 ans, ma mère me mettait au lit, laissant la lumière du couloir allumée et je me relevais, me cachais dans l’embrasure et lisait toute la nuit, les yeux plissés.

La même année, je chipais des bouquins dans la bibliothèque de ma mère et les lisais. Maman a été convoqué à l’école car je lisais le Journal Intime de Mengele, l’Ange de la Mort des camps de concentration. La maîtresse trouvait ça prématuré.

Je me rappelle des samedis à la bibliothèque municipale du 2ème, j’allais du côté adulte, je lisais Henry Miller, c’était torride et j’apprenais ce qu’était la sexualité. C’était bien évidemment interdit.

Souvenir(s) suivant(s), je passais tous mes samedis avec Maman chez Gibert Jeune, à choisir des livres, tant et si bien que vers 13 ans, les gens pensaient que j’étais vendeuse.

Maman payait, toutes les semaines, bien trop contente que je dépense son argent dans les bouquins plutôt que dans de la beuh.

Puis les disputes, les college dramas, j’allais me cacher dans les rayons, j’y restais des heures. J’achetais des quantités industrielles de livres. Oh, rien de bien intelligent, hein. J’aurais préféré me couper une veine que de me farcir un Tolstoï.

V’là la sociabilité de la meuf. V’là comment tu chopes pas.

J’ai toujours eu une relation intime, sensuelle, quasi sexuelle avec mes livres. Je sais ce que j’ai, ce que j’ai lu, ils sont rangés par collection, puis par ordre alphabétique d’auteur, puis par années de sortie. Un toc comme un autre. J’aime les beaux livres, je ne les prête pas. J’aime leur toucher, leur odeur.

Quand je pars en vacances, je pars toujours avec une dizaine de bouquins. C’est encore mieux depuis que je lis l’anglais couramment. Je pars d’ailleurs souvent seule en week-end, avec eux. Le samedi matin, si vous me cherchez, je suis en terrasse, avec mes clopes et mon livre. C’est peut-être pour ça que je me suffis à moi -même…

Longtemps, quand un mec venait chez moi, la 1ère réaction était « Mais t’as tout lu ? ». Non, connard, j’ai dépensé 300 mille pour dans un appartement pour avoir une bibliothèque qui va du sol au plafond pour le style. Pour que tu me prennes pour une érudite au lieu de me prendre en levrette.

Ma plus belle histoire d’amour, c’est avec eux que je la vis, depuis 30 ans.

2 Responses to “Ma plus belle histoire d’amour.”

  1. Elsiya 28 septembre 2012 at 8 h 41 min #

    <3
    Quand j'ai déménagé aux Pays Bas, j'ai du faire un choix, un tri. J'ai du laisser une bonne partie de mes bouquins chez ma mère. Oui, je sais bien qu'ils sont en sécurité, mais voilà. J'ai une relation obsessionnelle avec mes bébés. J'aime leur odeur. J'aime leurs histoires, celle écrite et la leur. J'aime les souvenirs lovés dans ces pages. J'ai effrayé plus d'une personne qui m'a vu les ranger, les réorganiser. Je sais exactement quand une autre main que la mienne les a touchés sur mes étagères.
    Oui mais voilà, je m'y suis réfugiée longtemps. Je faisais partie des meubles à la bibliothèque municipale, la bibliothéquaire me mettait de côté toutes les nouveautés. Souvent dans les pages, sous les mots, je me suis roulée en boule. Alors ça me fait quelquechose de voir que je ne suis pas la seule qui a un rapport particulier avec les bouquins. :)
    Merci pour cette jolie plongée.

  2. Elsiya 28 septembre 2012 at 8 h 41 min #

    <3
    Quand j'ai déménagé aux Pays Bas, j'ai du faire un choix, un tri. J'ai du laisser une bonne partie de mes bouquins chez ma mère. Oui, je sais bien qu'ils sont en sécurité, mais voilà. J'ai une relation obsessionnelle avec mes bébés. J'aime leur odeur. J'aime leurs histoires, celle écrite et la leur. J'aime les souvenirs lovés dans ces pages. J'ai effrayé plus d'une personne qui m'a vu les ranger, les réorganiser. Je sais exactement quand une autre main que la mienne les a touchés sur mes étagères.
    Oui mais voilà, je m'y suis réfugiée longtemps. Je faisais partie des meubles à la bibliothèque municipale, la bibliothéquaire me mettait de côté toutes les nouveautés. Souvent dans les pages, sous les mots, je me suis roulée en boule. Alors ça me fait quelquechose de voir que je ne suis pas la seule qui a un rapport particulier avec les bouquins. :)
    Merci pour cette jolie plongée.

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