The L Word (Part 2).

12 mar

La dernière fois, j’avais embrassé Sandy.

L WORD PPM

Sandy tenait ses promesses, tous les jours elle m’immergeait dans un monde que je ne connaissais pas : celui des lesbiennes branchées de Paris.

J’avais déjà mis des jours à me remettre de notre premier baiser, étouffée par ma culpabilité judéo-chrétienne. Je sentais que je faisais un truc de mal, mais j’avais du mal à identifier quoi. Évidemment, je trompais Cédric et dans les grandes largeurs. J’ai eu, un instant, envie d’établir qu’embrasser n’était pas tromper, mais je n’ai pas réussi à me convaincre. J’avais, à ma droite, mon mec qui me baltringuait et à ma gauche, Sandy, qui me couvait du regard comme si j’étais la 8ème merveille du monde. Au milieu, moi, perdue, entre mes pulsions nouvelles et l’envie de me recroqueviller en position fœtale sur mon canap’.

Elle était vraiment compréhensive, ma meuf. Elle admettait que je ne sois pas prête à passer l’étape du pieu avec elle, bouleversée que j’étais par toutes ces envies saphiques. Mais, au bout de quelques semaines, j’ai dû lui avouer la vérité: j’étais vierge. Pas encore apte à me retrouver dans les bras ou les draps de quiconque. Ça la rendait vachement fière.

La première fois qu’elle m’a emmené au Pulp, je n’en ai pas cru mes yeux. Ce club, boulevard Poissonnière, que je voyais depuis la fenêtre de chez mes parents, devant lequel je passais tous les jours, était le temple du clubbing lesbien de Paris.

En 5 minutes, j’ai été happé par le lieu : des filles, des mecs, des trans… Tous subjugués par le mix de Laurent Garnier, qui s’éclatait aux platines. Sandy me tire par le poignet, me faisant presque trébucher. Elle est belle, avec ses cheveux courts qui balaient sa nuque et son marcel blanc sous lequel on devine ses petits seins libres de tout soutif. Elle surjoue son rôle de lesbienne à mort. Hyper fière de brandir son étendard.

La boîte est remplie, les filles sont toutes sublimes, j’en suis sans voix. On rejoint un groupe de nanas, les copines de Sandy. Agnès, blondinette aux yeux bleus. Aly, grande et magnétique, dont la pointe des cheveux atteint sa cambrure. Marie, plus petite, plus discrète, la bouffe du regard. Ses grands yeux sont écarquillés dès qu’elle ouvre la bouche et si elle pouvait boire ses paroles, elle le ferait. Littéralement.

« Salut les meufs, je vous présente ma nouvelle nana, LPPM »

« Salut »

« Elle est hétéro. Enfin, elle l’était. Mais je suis irrésistible. Chui pas la plus forte ? »

C’est agaçant cette manie. Sandy adore se targuer de m’avoir détourné de l’Enfer et la Damnation de l’hétérosexualité. Moi, je pique un fard, comme si on m’avait choppé en train de voler des bonbecs à la boulang’. Sandy a soif. Sandy va devoir enchainer 3 whisky-coke avant de se détendre et commencer à danser. Alors qu’elle est au bar, je décide de faire un tour de l’endroit, pour voir.

Une nana m’attrape l’avant-bras. Elle est brune, ténébreuse, diablement belle avec ses lèvres pleines et rouges. Avec ses baskets, elle fait la même taille que moi juchée sur mes bottes en cuir camel.

« T’es belle, tu danses ? »

« Non, je… »

« T’es pas lesbienne ? »

« Non, je… »

« T’es bi ? »

« Non, je… »

« T’as un mec ? »

« Non, je… »

« Arghhhhhhhh »

La tête de la meuf semble dissociée de son corps. Derrière, je vois Sandy qui la tire par les cheveux, la tignasse de la fille enroulée autour de la main comme un coup de poing américain.

« LÂCHE LA, T’ES TARÉE ? LÂCHE LA, TU VAS LUI ARRACHER LES VEUCHS »

« Elle se prend pour qui pour parler à ma meuf ? T’es à moi, t’entends ? A moi. Tu parles à personne sans mon autorisation ! »

J’arrache le verre de vodka de la main du mec en marinière qui danseà côté de moi, en pleine montée, sur les beats suaves et assourdissants du DJ et jette le contenu sur Sandy.

« T’es calmée ? T’as cru que je t’appartenais ? Regarde moi bien. Regarde moi bien te plaquer ».

Je suis sortie du Pulp, dans ce qui me semblait être le silence. Ce n’était que mes oreilles qui bourdonnaient. A l’angle du boulevard et de la rue Montmartre, j’ai allumé une cigarette. Et je suis rentrée chez moi.

(c) Justine Puybasset. Droits réservés. L’image n’est pas libre de droits.

One Response to “The L Word (Part 2).”

  1. Aline 4 août 2014 at 19 h 56 min #

    QUOI ?! ÇA S’EST VRAIMENT TERMINÉ COMME ÇA ? Putain fait chier.

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