The L Word.

7 fév

L WORD PPM

J’ai toujours aimé les hommes, les vrais. De ceux qui te tirent pas les cheveux au lit, qui te remettent à ta place en un regard, à qui t’as envie de faire à bouffer. Si, en sus, ils peuvent être un peu bâtards, c’est parfait. Un bon mâle alpha comme on les aime, quoi.

Lorsque ma copine Julie m’a invité à diner chez elle et sa coloc’, je crois que je sortais avec Cédric.

Cédric, donc, le vrai mec dominant. A chaque fois que son numéro de téléphone s’affichait sur le caller ID, j’étais pétrifiée à l’idée d’avoir fait quelque chose de mal, et de me faire plaquer. 1m85, basketteur, danseur, le genre de mec qui n’est pas supposé poser le regard sur toi. On est pas dans You Got Served, non plus. Quoique, à peine deux ans plus tard, les mecs envahissaient toujours les boites de nuit en pop-lockant sur « Pump It Up » de Joe Budden. Un peu pompette, dans ma robe rouge et mes talons de 12, je m’étais sentie pousser des ailes et avait abordé ce mec en Air Force d’un très audacieux « Toi et moi on finira ensemble ».

J’avais raison, évidemment, et j’en ai gardé l’amour pour les Air Force.

Le Cédric, il ne me laissait pas sortir souvent sans lui, mais un diner chez ma pote de fac et sa coloc’ lui semblait hors de danger. Il avait raison, on était que des meufs autour de la table. Assez rapidement j’ai compris que la coloc’ ne devait pas partager que le loyer de Julie mais aussi son pieu. Comment aies-je pu comprendre « coloc' » au lieu de « compagne » ? Le mystère reste entier. Toujours est-il qu’après la salade tomates mozza, j’avais bien imprimé que j’étais la seule hétéro sur le plan de table.

En face de moi, il y a cette nana hyper belle avec sa coupe garçonne, ses tatouages et ses bracelets de force, tellement à l’aise avec son homosexualité, que ça en devient dérangeant. Le genre de meuf à la Shane de The L Word, que tu sois un mec ou une meuf, t’as envie de lui faire du sale. Je suppose qu’en étant la seule hétéro de la soirée, elles surjouent toutes, pour me titiller. Sandy est magnétique et envoutante. Et moi, girly girl, toute en cils, je n’ose pas la regarder dans les yeux. Moi avec mon mec thug, je vacille face à cette nana. Je m’offusquerais presque qu’elle ait l’audace de me draguer, moi.

3h du matin, mon portable vibre : « Je te veux. Je t’aurais. Sandy ». Le culot de la meuf. Comment ose-t-elle croire qu’elle me détournera ? Qu’elle est assez puissante pour m’avoir moi, le piège à mecs que je suis ? Prétentieuse.

Sans explication valable, j’accepte d’aller boire un verre avec elle le lendemain soir. Pour couper court à quelconque espérance, je m’habille de manière très sérieuse, très corpo. J’avais pas percuté le pouvoir de la jupe taille haute et des escarpins noirs. J’avais surtout pas percuté que les nanas réagissaient aux mêmes stimuli sexuels que les mecs, conne et obtus que j’étais.

Au bar du Footsie, Sandy boit la bière au goulot. A chaque fois qu’elle approche ses lèvres de la bouteille, j’ai la chair de poule. Moi, je chipote entre le Chardonnay et le Montbazillac, comme la parisienne snobinarde que je suis, et ça a le don de l’agacer prodigieusement.

« T’es le genre de nana qu’on a envie de plaquer contre un mur »

J’en ai craché mon putain de Montbaz que j’avais mis 2 heures à choisir.

« Nan, mais tu te prends pour qui ? T’es pas ouf de me parler comme ça ? Je suis hétéro. Et en plus j’ai un mec. Et même. Nan, mais sans déc’, j’me tire »

Je suis furieuse. Quelle conne, pourquoi j’ai bu un verre avec elle, toute bebom sexuelle qu’elle soit ? Elle est plus arrogante que moi. Et c’est pas peu dire.

En remontant le boulevard des Capucines sur mes échasses, j’entends quelqu’un crier mon nom dans mon dos.

« Je vais te faire découvrir un monde dont tu n’imaginais même pas l’existence ». Une infinie douceur émane de Sandy. Elle m’a embrassée. Je savais que j’étais foutue.

(c) Justine Puybasset. Droits réservés. L’image n’est pas libre de droits.

3 Responses to “The L Word.”

  1. Little J 8 février 2013 at 14 h 12 min #

    Et y a une suite? Car on reste un peu sur notre faim la… :)

  2. Scientifique à Poil 12 février 2013 at 14 h 25 min #

    Mais non, faut pas de suite, il est génial cet article, il suggère à notre imagination d’aller vagabonder dans tous les sens, c’est ça qui est bon.

Trackbacks and Pingbacks

  1. The L Word (Part 2). - La preuve par moi - 21 mars 2013

    […] La dernière fois, j’avais embrassé Sandy. […]

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